A rendre au plus tard le 31 mars
Votre grand
ami, Gérard Menvusa, est médecin psychiatre, spécialisé en médiation familiale.
Cela fait quelques mois qu'il suit deux couples surprenants. Un peu dérouté par
les chemins pris par ses patients et soucieux des conséquences juridiques de
leurs choix, il décide de vous en parler afin que vous lui donniez votre
éclairage de juriste. Il vous précise, qu'évidemment, la déontologie lui impose
de garder le silence sur leurs noms de famille ; il s'en tiendra aux
diminutifs des protagonistes.
« Nico et
Céss sont les premiers à être venus me consulter, en février 2007. Le couple
traversait alors la première crise conjugale majeure depuis leur mariage en
1998 (sans contrat) mais, grâce aux conseils prodigués, ils ont su se
rapprocher et ont repris la vie commune en juin 2007.
Franz et Ségo
me consultent depuis mai 2007. Ils sont différents, en tous points, de Nico et
Céss, en particulier au niveau des idées. Par exemple, ils sont contre le
mariage qu'ils perçoivent comme une formalité sans conséquence sur le plan
affectif, ce qui les a conduit à se lier par un PACS. Pourtant, je constate que
leurs histoires se croisent aujourd'hui, alors que rien n'aurait pu l'annoncer.
C'est très étrange.
Tout est parti
d'un problème qu'ils ont chacun connu à l'égard de leur habitation principale.
Nico et Céss vivent avec leurs enfants à Neuilly, dans un joli pavillon qu'ils
louaient à la mère de Nico. Voici six mois, à la mort de sa mère, Nico a hérité
d'une moitié du pavillon tandis que l'autre moitié est revenue à son frère.
Afin de faire cesser cette indivision, Nico a décidé de racheter la part de son
frère. Il a pour cela contracté un emprunt auprès de la Banque populaire
garanti par un privilège de prêteur de deniers inscrit sur l'immeuble. Ayant
engagé de grosses sommes dans une campagne de promotion de son image, Nico n'a
pas pu honorer les échéances et la banque a engagé une procédure de saisie
immobilière sur le pavillon. Céss compte bien faire échec à cette prétention
mais elle ne sait pas vraiment quel acte attaquer (la licitation, l'emprunt ou
le privilège).
Elle est furieuse contre Nico
mais ce dernier se défend en lui reprochant d'avoir donné en garantie le
portefeuille de valeurs mobilières qu'ils ont constitué ensemble pour leurs
vieux jours, afin de cautionner la dette de sa fille, d'un premier mariage,
Jeanne-Marie. Selon lui, cet acte nécessitait son consentement exprès et il
compte bien le faire annuler. Mais, il doit d'abord éclaircir un point
important : il n'arrive pas à savoir la date à laquelle l'acte a été
accompli. Céss lui soutient que c'était en décembre 2005 tandis qu'il lui
semble que c'était beaucoup plus tard, en juin 2006.
De leur côté,
Franz et Ségo ont fixé la résidence de la famille dans un appartement parisien
mais il n'y a guère que leurs quatre enfants qui y vivent habituellement. Franz
et Ségo forment, en effet, un couple très libre. Lorsqu'ils ont signé leur
PACS, Franz avait même pensé introduire dans la convention une clause les
dispensant de communauté de vie et surtout de communauté de lit. Mais Ségo, qui
était première de sa promotion en droit civil à l'ENA, lui a assuré que cela
pourrait nuire à la validité de la convention (Qu'en pensez-vous ?). Quoi
qu'il en soit, Ségo vient de signer une promesse de vente de cet appartement à
Liopin Josnel. Franz entend bien demander la nullité de ce contrat qui
compromet le logement de la famille.
Mais la
question de leur habitation principale n'est pas le seul point commun de leurs
histoires. Il est aussi question de la santé mentale des conjoints. Sans
qu'aucun signe avant-coureur ne puisse le laisser présager, Ségo vient de
déclarer qu'elle était Président de la République. Dans l'autre couple, c'est
Nico qui fait des siennes : il crie à qui veut l'entendre qu'il est le
nouveau Napoléon Bonaparte. J'ai promis à Franz et Céss que je leur ferai un
certificat leur permettant de demander un placement sous curatelle ou sous
tutelle. Franz est partant pour demander au juge cette protection mais Céss,
quant à elle, pense demander à sa cousine Michelle, diplômée de la faculté de
Droit de Montpellier, de se charger de l'action. Ils restent inquiets car ils se
demandent qui va être désigné comme curateur ou tuteur ?
A vrai dire,
Franz et Céss pensent, depuis peu, à quitter leurs conjoints perturbés afin de
débuter une nouvelle vie. Ils me demandent de leur indiquer dans quelles
conditions cela est possible. Pour Franz, je vois à peu près, même si tes
conseils me seront précieux, mais pour Céss, j'aimerais ton avis sur la forme
de divorce que je pourrais lui recommander. En outre, je me demande si elle a
le droit d'agir contre un conjoint malade qui, de surcroît, n'acceptera jamais
le divorce. Si c'est possible, quelles conséquences l'action aura-t-elle sur le
régime de protection ?
Mais tout cela ne serait rien si
Franz et Céss ne venaient de m'annoncer, hier, une nouvelle déconcertante. Cela
fait quelques mois qu'ils se sont rencontrés dans ma salle d'attente et qu'ils
ont eu un coup de foudre réciproque. Franz a rejoint Céss à New York, lors de
son escapade de l'été 2007, à la suite de quoi, Céss est tombée enceinte.
Franz, très heureux de cette nouvelle, a fait une reconnaissance prénatale de
l'enfant devant l'officier d'état civil. Céss, assez perturbée, a décidé
d'accoucher sous X. L'enfant, né en février 2008, a été placé en vue de
l'adoption chez Monsieur Strausk. Franz vient de retrouver sa trace et il veut
demander au TGI de lui restituer son enfant tandis qu'il sait que M. Strausk a
également saisi le même tribunal afin qu'il prononce l'adoption plénière de cet
enfant. Je n'ai malheureusement pas su lui indiquer l'issue probable de cette
pénible affaire, ni les arguments qu'il était possible de développer de part et
d'autre.
Franz est furieux contre Céss. Elle
aurait très bien pu ne pas reconnaître l'enfant, ne jamais s'en occuper et lui
seul l'aurait reconnu et l'aurait élevé. Mais Céss avait peur que la simple
indication de son nom dans l'acte de naissance de l'enfant permette d'établir
sa filiation. Je ne sais qu'en penser ! »
Pouvez-vous répondre
à Gérard Menvusa et lui donner les conseils juridiques qui s'imposent ? |