A rendre
au plus tard le 10 mars
Fabien Zampa, 22
ans, est un garçon plutôt introverti, avec qui vous étiez en classe au lycée.
Né de père inconnu, le jeune homme,
timide, a grandi dans une petite ville proche de Montpellier, Teyran, entouré
de sa mère, Marine Zampa et de son grand père, Michel Zampa. Au décès de ce
dernier, en avril 2007, Marine Zampa se mit en ménage avec Nino Gaggi,
tenancier du bar du village, qu'elle fréquentait en secret depuis quelques
années. Dès son installation, l'homme au caractère bien trempé et le jeune
Fabien, pourtant si effacé, eurent des rapports difficiles. Souvent prise entre
le feu nourri de disputes aussi violentes que soudaines, Mme Zampa, sous
l'effet d'un amour fusionnel, prenait parti pour son concubin, reprochant à son
fils de tout faire pour que la situation s'envenime. Plusieurs fois, la
violence des cris conduisit les gendarmes à se rendre au domicile de la famille
Zampa. Le calme revenait alors, pour quelques jours ou quelques semaines. La
situation empira sans cesse au cours de l'année 2008, jusqu'à ce début de
soirée du 10 juin. A 17 h 15, par un appel téléphonique anonyme, un individu
prévint la gendarmerie de Teyran qu'une très violente dispute avait éclaté dans
la cour extérieure de la maison de la famille Zampa. Arrivés sur les lieux
quelques minutes plus tard, le Capitaine Broussard et le lieutenant Bouvier
tombèrent sur Fabien Zampa en train de ruer de coup un homme qui sera identifié
par la suite comme étant Nino Gaggi. Marine Zampa gisait inconsciente sur le
sol, à quelques mètres de là. Une expertise conclura plus tard qu'elle aurait
été frappée à l'aide d'un objet contondant, qui pourrait correspondre au manche
de pioche retrouvé à ses côtés.
Après avoir
interpelé le jeune homme, les officiers de gendarmerie décidèrent de le
conduire immédiatement dans leurs locaux. Ils purent rapidement constater que
celui-ci dégageait une forte odeur d'alcool et tenait des propos incohérents,
ils le placèrent alors en cellule de dégrisement. Le 11 juin 2008, vers 7 h 10 du matin, une fois que Fabien eut
recouvré ses esprits, le capitaine Broussard procéda à son placement en garde à
vue et lui notifia ses droits. Le procureur de la République fut averti de
cette mesure le 10 juin à 19 h.
Plusieurs
interrogatoires se succédèrent, durant lesquels Fabien reconnut les faits de
violences à l'encontre du compagnon de sa mère. Il expliqua que, depuis de
nombreux mois, M. Gaggi exerçait toute sorte de pressions morales et physiques
sur Mme Zampa. Le soir des faits, celle ci aurait notamment été menacée puis
frappée à l'aide d'un manche de pioche par son compagnon. Selon les dires de
Fabien, celui-ci serait alors intervenu pour défendre sa mère et ce n'est
qu'emporté par la colère qu'il aurait usé de violence contre M. Gaggi. Suite à
cette reconnaissance partielle des faits, la mesure de garde à vue prit fin le
11 juin à 18h30. Une information judiciaire pour violences aggravées ayant
entrainée une ITT de plus de 8 jours sur Mme Zampa et M. Gaggi fut ouverte au
même instant.
Immédiatement
déféré devant le juge d'instruction,
Fabien indiqua à ce dernier qu'il souhaitait être assisté de Maitre
Kleinfeld, un ténor du barreau de Montpellier. Celui-ci fut prévenu et se
rendit au plus vite au cabinet du juge. Il arriva cependant trois quart d'heure
après le début de la comparution. Sur les conseils de son avocat, Fabien refusa
catégoriquement de s'exprimer. Malgré ce silence, le magistrat lui fit part de
sa décision de le mettre en examen, au vu des éléments recueillis à son
encontre, sans pour autant demander son placement en détention provisoire. Le
lendemain, Fabien indiqua vouloir désigner, en plus de Maître Kleinfeld, Maître
Lomax et Maître Milton afin de l'assister. Il spécifia sur le formulaire prévu
à cet effet que les convocations et les notifications devaient être adressées à
ses trois avocats.
Quelques jours
plus tard, alors que les diverses expertises scientifiques n'avaient pas permis
de déterminer qui avait porté les coups reçus par Marine Zampa, le juge
d'instruction décida d'entendre celle-ci et M. Gaggi. Il les convoqua à son
cabinet le 14 juin à 10h. Après avoir prêté serment de « dire toute la
vérité », ils confirmèrent leurs déclarations recueillies par le capitaine
Broussard le lendemain des faits, réfutant d'une voix commune toute violence
physique ou morale exercée par M. Gaggi sur sa compagne. Le magistrat instructeur décida alors de
procéder à une confrontation entre Fabien, Mme Zampa et M. Gaggi. Il avisa Me
Kleinfeld que cette confrontation se déroulerait le 21 juin à 9 h 30. Le jour
dit, seul Mme Gaggi et Fabien se présentèrent. Aucun des avocats de ce dernier
ne se présenta pour l'assister. Vers 9 h50 et après avoir recueilli l'accord de
Fabien, le juge prit la décision de procéder malgré tout à la confrontation.
Lors de l'interrogatoire, Mme Zampa apparut comme déstabilisée et apeurée face
à son fils. Elle revint sur ses
déclarations précédentes. Elle expliqua que M. Gaggi avait quitté leur domicile
il y a plusieurs jours et qu'elle n'avait depuis plus aucune nouvelle. Elle
l'identifia comme l'auteur des coups reçus dans la soirée du 10 juin. Face à la
détresse de Mme Zampa, au manque de spontanéité de ses déclaration, et
soupçonnant Fabien d'exercer sur elle des pressions, le juge d'instruction
demanda le placement du jeune homme en
détention provisoire.
N'ayant plus
confiance en ses défenseurs depuis la confrontation, Fabien décida de renoncer
à être assisté d'un avocat. Après avoir pris connaissance du dossier et entendu
le jeune homme, le juge des libertés et de la détention décida de faire droit à
la demande du magistrat instructeur. Le jeune homme fut immédiatement écroué.
Vous venez ce
matin même de recevoir une lettre de Fabien. N'ayant que peu confiance en ses
avocats et s'étant souvenu que vous aviez entrepris des études de droit après
le lycée, il vous demande de l'éclairer sur la régularité des mesures prises à
son encontre depuis le 10 juin 2008. Il vous demande également de préciser si
d'éventuelles irrégularités pourraient conduire à la nullité de la procédure.
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